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    INNOVATION - Ebola, entre hier et aujourd’hui, ce qui a changé

    INNOVATION - Ebola, entre hier et aujourd’hui, ce qui a changé

    INNOVATION - Ebola, entre hier et aujourd’hui, ce qui a changé
    Les enseignements tirés de l'épidémie d'Ebola survenue en Afrique de l'Ouest entre 2014 et 2016 ont conduit à un certain nombre d'améliorations dans les efforts de riposte aux épidémies.

    Le Dr Marie-Claire Kolie était déjà intervenue lors d’épidémies d'Ebola déclenchées dans son pays natal, en Guinée, et dans la province de l'Équateur, en République démocratique du Congo. Elle vient cette fois de passer les quatre derniers mois avec l'équipe médicale d'ALIMA dans le centre de traitement de Béni, dans la province du Nord-Kivu, en RDC, pour prendre soin des patients durant l'épidémie toujours en cours. Elle nous présente ici les principales différences entre ce qui se passait à l’époque et ce qui se passe maintenant.

    "La riposte et la gestion de cette épidémie en RDC sont très différentes par rapport à ce qui avait été mis en place en Guinée. Aujourd’hui, nous avons une grande innovation : le CUBE - un Chambre d’Urgence Biosécurisée pour les Épidémies. Le CUBE change véritablement la façon dont nous, médecins, pouvons interagir avec un patient. Le temps que vous pouvez passer avec un patient est beaucoup plus long qu'en Guinée. Là-bas, lorsque nous entrions dans les tentes, nous étions toujours contraints de revêtir l'équipement de protection individuelle (EPI) complet. C’était chaud et encombrant et nous ne pouvions pas rester longtemps.

    Essayez d'imaginer... Ce que c'était que de devoir à chaque instant enfiler cette EPI. Je devais systématiquement m'habiller avant d’entrer dans la tente. Cela me prenait facilement entre 15 et 20 minutes. Il fallait m'assurer que chaque pièce de l'équipement était mise correctement, de sorte à me protéger efficacement. Ensuite, je pouvais accéder aux tentes, mais pour un très court moment. Aujourd’hui, quand j'ai besoin d'entrer dans la zone de traitement, grâce au système de ventilation du CUBE, je peux rester plus longtemps.

    Avant, nous devions toujours aller à l'intérieur, par équipe de deux, pour nous soutenir mutuellement. Cela nécessitait donc beaucoup de personnel. Et de l'intérieur, on ne pouvait pas voir ses collègues. Ici, lorsque je traite un patient, je peux parler à mes collègues, leur donner les signes vitaux et discuter du traitement. Ils peuvent me guider en toute sécurité de l'extérieur et prendre des notes qui n'ont pas besoin d’être détruites à ma sortie. Si j'ai besoin de matériel ou de médicaments supplémentaires, ils peuvent me les faire passer à travers les parois du CUBE.

    Je peux également effectuer certaines interventions de l'extérieur, à travers les murs du CUBE. En moins d'une minute, je peux mettre des gants et effectuer des actes médicaux - pas d'EPI, moins de risques de transmission. C'est particulièrement important en cas d'urgence... si un patient a besoin de soins immédiats. Ils ne peuvent pas toujours attendre 15 minutes, le temps qu'un médecin s'habille.

    Mais surtout, les patients sont moins stressés, moins effrayés. Avant, ils étaient terrifiés à l'idée d'aller dans les tentes ; ils étaient terrifiés à l'idée de voir une personne masquée. Maintenant ils peuvent voir notre visage, ils savent qui nous sommes. Et les membres de la famille peuvent venir rendre visite à leurs proches, discuter avec eux et voir quel traitement ils reçoivent. Cela n'avait jamais été le cas en Guinée où les patients, une fois placés dans les tentes, n’avaient plus aucune interaction avec des personnes de l’extérieur.

    Au-delà du CUBE, les tentes mises en place pour les cas suspects depuis cette épidémie constituent également une amélioration. En Guinée, on pouvait facilement avoir 20, 30 ou 40 lits dans une grande tente.  Les patients étaient mis les uns à côté des autres sans savoir qui était négatif ou positif.Nous faisions de notre mieux pour surveiller tout le monde. Mais en réalité, il suffisait de tourner le dos une seconde... Ici, les patients suspects n'ont eu aucun contact les uns avec les autres. Chacun a sa propre tente.

    Bien sûr, il y a encore d'autres améliorations à apporter, car c'est la première fois que le CUBE est utilisé pour traiter des patients atteints d'Ebola. Nous avons remarqué certaines choses qui pourraient être changées, donc ce n'est pas encore parfait. Mais c'est une innovation que nous, l'équipe médicale, apprécions vraiment. Et c'est quelque chose qui change complètement notre riposte à Ebola et la façon dont nous traitons nos patients. Et avec encore plus de leçons apprises cette fois-ci, le modèle continuera d’évoluer et la prochaine version améliorera encore davantage la qualité des soins apportés aux patients. En vérité, le CUBE sauve des vies."

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