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    Cameroun : malgré le conflit, les soins hospitaliers continuent

    Cameroun : malgré le conflit, les soins hospitaliers continuent

    Chaque jour, l’ambulance du camp de réfugiés de Minawao vient se garer devant l’hôpital de district de Mokolo, dans la région de l’extrême nord du Cameroun. A son bord, des mamans inquiètes serrent dans leurs bras des enfants fébriles, tantôt endormis tantôt en pleurs.

    En cette période fraîche, venteuse et poussiéreuse, les cas d’infections respiratoires sont nombreux. Les enfants les plus sévèrement affectés sont pris en charge dans le service de soins intensifs, où on les place sous concentrateur d’oxygène. Dans ce service, Marie, infirmière pour ALIMA (The Alliance for International Medical Action), vérifie les paramètres des enfants toutes les heures.


    « Un matin, ma fille Fatimatou ne respirait pas bien et avait de la diarrhée. Je l’ai immédiatement emmenée à l’hôpital de Mogodé. Nous y sommes restés trois jours, puis on nous a transféré à l’hôpital de Mokolo. A notre arrivée, ils ont branché Fatimatou sur un concentrateur d’oxygène », explique Habiba, assise sur un lit d’hôpital en regardant le ventre de sa fille se gonfler au rythme des respirations.


    Un peu plus loin, dans l’unité nutritionnelle thérapeutique, un aide-soignant pratique un test d’appétit : il distribue des aliments thérapeutiques à trois enfants pour voir s’ils arrivent à manger sans l’aide d’une sonde naso-gastrique. Les mamans, trois réfugiées nigérianes du camp de Minawao, discutent en langue kanuri.


    « Quand l’ambulance du camp nous a amenées à l’hôpital, ma fille Hadidja refusait de manger. Elle a été nourrie à l’aide d’une sonde gastrique les deux premiers jours. Aujourd’hui on lui a retiré la sonde, elle a repris du poids et elle accepte de manger », explique Aïcha, visiblement rassurée.


    L’hôpital de Mokolo est la structure de référence pour les enfants malades du camp de réfugiés de Minawao. Si un enfant ne peut pas être soigné au niveau du camp et a besoin d’être hospitalisé, il est transféré en ambulance jusqu’à Mokolo. 


    La région de l’extrême-nord du Cameroun est fragilisée par le conflit opposant l’armée régulière au groupe armé Boko Haram dans la zone du lac Tchad depuis 2009. Près de 240 000 habitants des villages camerounais frontaliers du Nigéria ont été contraints de fuir vers les zones plus en sécurité, et la région accueille près de 90 000 réfugiés nigérians, dont la majeure partie sont hébergés dans le camp de Minawao situé à une quinzaine de kilomètres de Mokolo.


    « Les populations déplacées et réfugiées vivent dans des conditions de vie assez difficiles. Dans le camp de Minawao par exemple, il y a parfois des déficits d’approvisionnement en eau potable. Dans ce circonstances, ces familles consomment parfois de l’eau non potable, ce qui entraîne des maladies diarrhéiques. C’est l’une des principales causes d’hospitalisation à Mokolo, et un facteur favorisant la malnutrition aiguë sévère », explique Dr Abdou Souley, médecin référent pour ALIMA.


    Afin d’inculquer de bons réflexes aux populations et de prévenir la malnutrition et l’apparition de maladies liées à une mauvaise hygiène et à des mauvaises pratiques de santé, ALIMA travaille avec des sensibilisateurs. Leur rôle est d’organiser à l’hôpital des séances d’information individuelles ou collectives à destination des mères des patients hospitalisés, sur des thématiques telles que les signes de la malnutrition, l’alimentation des enfants, l’allaitement, ou encore l’hygiène.


    « La sensibilisation est essentielle dans le programme, car enseigner les bonnes pratiques permet de faire de la prévention et de changer les comportements, pour améliorer l’état sanitaire et nutritionnel des enfants », conclut Dr Souley.




    The Alliance for International Medical Action (ALIMA) est une organisation médicale humanitaire qui travaille main dans la main avec un réseau d’organisation locales pour fournir des soins de qualité aux populations les plus vulnérables dans des situations d’urgences ou des crises récurrentes. Basée à Dakar, au Sénégal, ALIMA a soigné plus de 3 millions de patients dans 12 pays depuis sa création en 2009, et lancé plus d’une douzaine de projets de recherche sur la malnutrition, le paludisme et Ebola. 


    ALIMA travaille dans la région de l’extrême-nord du Cameroun depuis mai 2016. Dans le district sanitaire de Mokolo, ALIMA appuie la pédiatrie et le service nutritionnel de l’hôpital de district. Dans le district de Koza, ALIMA soutient les activités pédiatriques et nutritionnelles de l’hôpital de district depuis mars 2017, ainsi que 11 centres de santé périphériques. ALIMA y appuie également les soins ambulatoires de santé sexuelle et reproductive. ALIMA intervient également dans le district sanitaire de Makary dans le Logone-et-Chari, en appui à l’hôpital de district et dans 9 centres de santé intégrés. 


    En 2017, au Cameroun, nos équipes ont réalisé plus de 28 300 consultations pédiatriques, traité près de 8 000 enfants pour malnutrition aiguë sévère, et formé plus de 73 800 mères au dépistage de la malnutrition.




    Photo de couverture : Alexis Huguet / ALIMA

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